PurplePrice Mag · · 4 min de lecture
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On appelle rationalisme la version italienne du Mouvement moderne, qui se développe du milieu des années 1920 à la fin des années 1930. Comme Le Corbusier et le Bauhaus, les rationalistes rejettent l'éclectisme et la décoration, et fondent l'architecture sur la fonction, la géométrie et les nouveaux matériaux comme le béton armé, le verre et l'acier. Mais, à la différence de nombreux collègues européens, ils cherchent un lien avec la tradition classique italienne, faite de proportions, d'ordre et de mesure.
Le Gruppo 7 et le MIAR
Tout commence à Milan en octobre 1926, lorsque sept jeunes architectes sortis du Politecnico fondent le Gruppo 7 : Giuseppe Terragni, Luigi Figini, Gino Pollini, Guido Frette, Sebastiano Larco, Carlo Enrico Rava et Ubaldo Castagnoli, remplacé l'année suivante par Adalberto Libera. Entre décembre 1926 et mai 1927, ils publient quatre articles dans la Rassegna Italiana. Ils écrivent que l'architecture « ne peut plus être individuelle » et qu'il faut opposer à l'éclectisme « l'esprit de la construction en série », mais ils précisent aussi : « nous ne voulons pas rompre avec la tradition ».
En 1928 naît le MIAR, le Mouvement italien pour l'architecture rationnelle, qui organise à Rome deux expositions, en 1928 et en 1931. Lors de la seconde, le critique Pietro Maria Bardi présente sa provocante « Table des horreurs », un photomontage qui tourne en dérision les bâtiments académiques et monumentaux des architectes les plus proches du régime, comme Marcello Piacentini. La polémique est énorme et le MIAR est dissous peu après.
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Les œuvres
Le chef-d'œuvre du rationalisme est la Casa del Fascio de Côme de Terragni, inaugurée en 1936. C'est un demi-cube parfait, de 33,20 mètres de côté et 16,60 mètres de haut, avec une façade revêtue de marbre de Botticino et construite sur des proportions géométriques, et une grande salle centrale couverte d'une verrière en pavés de verre. À Côme également, Terragni avait construit en 1928-1929 le Novocomum, un immeuble d'habitation qui fit scandale : pour obtenir le permis, il avait présenté des dessins aux façades néoclassiques, et ce n'est qu'au démontage des échafaudages que la ville découvrit ses volumes purs et ses escaliers dans des cylindres de verre. À Florence, le Gruppo Toscano mené par Giovanni Michelucci remporte le concours de 1932 pour la nouvelle gare de Santa Maria Novella.
Le rationalisme entre aussi dans l'usine et dans la maison. À partir du milieu des années 1930, Figini et Pollini construisent à Ivrée les bâtiments d'Olivetti. Pour les intérieurs de la Casa del Fascio, Terragni dessine la chaise Lariana (1936), en tube d'acier avec assise et dossier en bois, rééditée à partir de 1971 par Zanotta. Les revues Casabella, dirigée par Giuseppe Pagano avec Edoardo Persico, et Domus diffusent les nouvelles idées, et une nouvelle génération de créateurs, de Franco Albini aux BBPR, se forme dans ce climat.
Le rapport avec le fascisme
Le rationalisme naît et grandit sous le fascisme, et beaucoup de ses protagonistes espèrent en faire l'architecture officielle du régime. Mais le régime choisit de plus en plus souvent la monumentalité néoclassique de Piacentini, comme le montre le projet de l'E42, l'actuel quartier de l'EUR à Rome. Certains rationalistes s'éloignent du fascisme et le paient très cher. Pagano, entré dans la Résistance, meurt au camp de concentration de Mauthausen en 1945. La même année, Gian Luigi Banfi, le B de BBPR, meurt à Gusen. Après la guerre, les idées rationalistes inspirent la reconstruction et le design italien des années 1950.
Sources
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